Longères en pierre, maisons anciennes, pavillons des années 70 ou logements en bord de mer : en Bretagne, améliorer la performance énergétique de son habitation demande parfois bien plus que de remplacer ses fenêtres ou son chauffage. Quels travaux permettent réellement de gagner une lettre au DPE ? Et comment éviter de dépenser plusieurs milliers d'euros sans obtenir le résultat espéré ? Dans Tout sur l'Habitat, deux spécialistes décryptent les pièges de la rénovation énergétique.
Imaginez une longère dans le centre Bretagne. Des murs épais en pierre, une toiture qui a quelques décennies et des fenêtres qui laissent passer les courants d'air. Pour améliorer son confort, le propriétaire décide de remplacer toutes les menuiseries.
L'investissement est important. La maison est plus agréable à vivre, les courants d'air ont diminué. Pourtant, lorsqu'il fait réaliser un nouveau diagnostic de performance énergétique, son logement peut toujours afficher la même lettre : E.
Comment expliquer que des travaux coûteux ne permettent pas forcément d'améliorer son DPE ?
C'est l'une des questions abordées dans Tout sur l'Habitat, l'émission consacrée aux problématiques des propriétaires, diffusée notamment sur RMN.
Pour y répondre, Fabrice reçoit Emmanuel Chauvin, diagnostiqueur immobilier chez ATLAN’DIAG, aux côtés de Pierre Picorit notre Co animateur de MURTERISO, référent habitat de l'émission.
Leur message est clair : avant d'engager des travaux, il faut comprendre comment fonctionne réellement sa maison.
En Bretagne, toutes les maisons ne se rénovent pas de la même manière
Entre une maison en granit du Finistère, une longère du Morbihan, un pavillon des années 80 près de Rennes ou une habitation exposée aux vents marins sur la côte nord, les problématiques peuvent être très différentes.
La Bretagne possède un patrimoine immobilier particulièrement varié, avec de nombreuses constructions anciennes dont les caractéristiques demandent une attention spécifique.
Dans le centre Bretagne, les propriétaires peuvent être confrontés à des murs épais, à des planchers anciens ou à des défauts d'isolation difficiles à identifier.
Sur le littoral, de Brest à Saint-Malo en passant par Lorient, le vent, la pluie et l'humidité peuvent accentuer certaines sensations d'inconfort et révéler des défauts d'étanchéité.
Mais attention : une maison en pierre avec des murs de 60 centimètres d'épaisseur n'est pas nécessairement bien isolée.
Si la pierre apporte une inertie thermique intéressante, elle ne remplace pas une véritable isolation.
Pour Emmanuel Chauvin, la première étape consiste donc à analyser l'ensemble du bâtiment plutôt qu'à décider immédiatement de remplacer tel ou tel équipement.
Changer ses fenêtres : une bonne idée, mais pas toujours pour le DPE
C'est un réflexe fréquent lorsque les premiers froids arrivent.
Les fenêtres sont anciennes, le vent se fait sentir dans le salon et la facture de chauffage augmente. Le propriétaire pense naturellement à installer du double ou du triple vitrage.
Mais ces travaux permettent-ils automatiquement de gagner une lettre au diagnostic de performance énergétique ?
« Faux. Seul le changement de fenêtres ne suffit pas », répond Emmanuel Chauvin.
Dans certaines maisons bretonnes, remplacer des fenêtres vieillissantes peut améliorer considérablement le confort. Mais l'effet sur le DPE dépend de nombreux autres éléments.
Si les combles sont mal isolés, si les murs présentent d'importantes déperditions ou si le chauffage est particulièrement énergivore, le remplacement des fenêtres ne sera pas forcément l'investissement le plus déterminant pour améliorer le classement.
Prenons l'exemple d'une maison des années 70 près de Quimper. Ses fenêtres ont été remplacées récemment, mais les combles et les murs restent peu isolés.
Malgré les nouvelles menuiseries, une grande partie des déperditions peut continuer à provenir des autres éléments du bâtiment.
La question n'est donc pas seulement de savoir si les nouvelles fenêtres sont performantes, mais si leur remplacement constitue réellement la priorité de rénovation.
Maisons en pierre : attention à l'humidité avant d'isoler !
C'est un sujet particulièrement important pour les propriétaires de bâtiments anciens en Bretagne.
Les constructions traditionnelles en pierre présentent des caractéristiques différentes des maisons contemporaines.
Certains murs anciens doivent pouvoir gérer les transferts d'humidité. Une intervention inadaptée peut perturber cet équilibre et entraîner des désordres.
Dans une longère du centre Bretagne, par exemple, poser un isolant sans avoir vérifié l'état des murs, les éventuelles remontées capillaires ou les conditions de ventilation peut aggraver une situation déjà fragile.
Humidité, condensation, moisissures ou dégradation de certains matériaux : une rénovation mal conçue peut finir par coûter bien plus cher que prévu.
L'objectif n'est évidemment pas de renoncer à isoler les maisons anciennes. Au contraire, ces habitations peuvent bénéficier d'améliorations importantes.
Mais le choix des techniques et des matériaux doit tenir compte du comportement du bâti existant.
Dans une maison bretonne ancienne, isoler efficacement ne doit jamais se faire au détriment de la bonne gestion de l'humidité.
C'est précisément pourquoi une étude préalable peut s'avérer indispensable avant d'engager une rénovation importante.
Installer une pompe à chaleur permet-il de gagner deux lettres ?
Autre question que se posent de nombreux propriétaires bretons : faut-il remplacer sa chaudière au fioul ou au gaz par une pompe à chaleur ?
La réponse mérite quelques nuances.
Une pompe à chaleur performante peut améliorer sensiblement le classement DPE d'un logement, particulièrement lorsqu'elle remplace un ancien système utilisant une énergie fossile.
Mais le gain n'est jamais garanti à l'avance.
Il dépend notamment du système de chauffage existant, de l'isolation, des besoins thermiques et des caractéristiques du bâtiment.
Dans une maison ancienne du Morbihan, installer une pompe à chaleur sans avoir préalablement étudié l'isolation et les émetteurs de chaleur peut conduire à un investissement insuffisamment adapté.
Le dimensionnement de l'équipement est essentiel pour assurer le confort et maîtriser la consommation.
Et toutes les maisons ne se prêtent pas aux mêmes solutions.
Dans les centres historiques de Vannes, Quimper ou Dinan, certaines contraintes architecturales ou réglementaires peuvent limiter les possibilités d'installation d'équipements extérieurs.
En copropriété, d'autres autorisations peuvent également être nécessaires.
Une pompe à chaleur peut être une excellente solution, à condition qu'elle corresponde réellement aux besoins du logement.
DPE : pourquoi la facture de chauffage ne correspond pas toujours à la note
C'est une confusion très fréquente.
Un propriétaire explique qu'il consomme peu d'électricité ou qu'il chauffe rarement sa maison. Il s'étonne donc de découvrir une étiquette énergétique médiocre.
Pourtant, le DPE ne repose pas simplement sur les factures réellement payées.
Il calcule une consommation conventionnelle à partir des caractéristiques du logement et de conditions d'utilisation standardisées.
Deux familles habitant successivement la même maison peuvent donc dépenser des montants très différents en chauffage, tout en conservant exactement le même DPE.
L'une chauffe à 17 °C, l'autre à 21 °C. Leur consommation réelle n'est pas identique, mais la performance conventionnelle du bâtiment reste la même.
Autre particularité importante : le classement final du DPE dépend de deux indicateurs.
Le premier évalue la consommation d'énergie primaire. Le second mesure les émissions de gaz à effet de serre.
C'est le plus mauvais de ces deux classements qui détermine l'étiquette finale.
Une maison peut ainsi être classée C sur sa consommation énergétique, mais D sur ses émissions de gaz à effet de serre. Son étiquette finale sera D.
Voilà pourquoi le remplacement d'un seul équipement ne suffit pas toujours à améliorer significativement la note.
Comment passer d'un DPE E à C dans une maison bretonne ?
C'est probablement la question que se posent de nombreux propriétaires qui envisagent des travaux.
Faut-il isoler la toiture ? Les murs ? Remplacer les fenêtres ? Installer une pompe à chaleur ?
Pour Emmanuel Chauvin, la réponse commence par une étude du bâtiment.
Plutôt que de multiplier les interventions indépendantes, il recommande d'envisager un ensemble cohérent d'améliorations.
C'est ce que les professionnels appellent un bouquet de travaux.
Dans une maison ancienne, il peut s'agir de traiter d'abord les principales déperditions thermiques, puis d'adapter le système de chauffage et la ventilation.
L'ordre des interventions est essentiel.
Changer une chaudière avant d'améliorer l'isolation peut, dans certaines situations, conduire à installer un équipement surdimensionné pour les besoins futurs du logement.
À l'inverse, isoler sans prendre en compte le renouvellement de l'air peut favoriser des problèmes d'humidité.
Pour anticiper les résultats, un audit énergétique ou une étude permettant de simuler différents scénarios peut être particulièrement utile.
En cas de vente d'une maison individuelle classée E, F ou G, un audit énergétique réglementaire est d'ailleurs obligatoire depuis 2025.
Mais au-delà des obligations, l'intérêt est surtout de connaître les travaux à réaliser, leur cohérence et les améliorations que l'on peut raisonnablement espérer.
L'objectif n'est pas de faire le plus de travaux possible. C'est de réaliser les bons travaux, dans le bon ordre.
DPE en 2027 : certaines maisons bretonnes pourraient gagner une lettre sans travaux
C'est une évolution importante pour les propriétaires qui disposent d'un chauffage électrique.
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité utilisé dans le calcul du DPE est passé de 2,3 à 1,9.
Et une nouvelle modification est prévue au 1er janvier 2027 : ce coefficient sera abaissé à 1,7.
Cette évolution pourrait améliorer le classement énergétique de certains logements utilisant l'électricité, sans qu'aucun chantier soit réalisé.
Pour les propriétaires d'un pavillon chauffé à l'électricité, construit dans les années 70 ou 80, cette possibilité mérite donc d'être examinée.
Attention cependant : gagner une lettre grâce à une modification réglementaire ne signifie pas que la maison est devenue mieux isolée ou qu'elle consomme réellement moins d'énergie.
Les DPE réalisés avant cette évolution resteront valables. Une attestation actualisée pourra être obtenue gratuitement sur le site de l'ADEME à partir du 1er janvier 2027, lorsqu'une amélioration du classement sera possible.
Avant d'engager des dépenses uniquement pour améliorer son étiquette énergétique, il peut donc être judicieux de vérifier l'effet de cette nouvelle méthode de calcul.
Mérule, amiante, électricité : en Bretagne, le DPE ne doit pas faire oublier le reste
C'est l'autre enseignement important de l'émission.
À force de parler de rénovation énergétique, les propriétaires finissent parfois par accorder moins d'attention à d'autres problèmes qui peuvent pourtant affecter la sécurité, la santé ou la solidité de leur maison.
Dans le bâti ancien breton, l'humidité et les désordres affectant les bois méritent une vigilance particulière.
La mérule, notamment, est un champignon lignivore susceptible de provoquer d'importantes dégradations lorsque les conditions favorisent son développement.
Un défaut de ventilation, une infiltration ancienne ou une humidité persistante peuvent créer un environnement propice à ce type de désordre.
Les propriétaires doivent également rester attentifs à l'état de la charpente et à la présence éventuelle d'insectes xylophages.
Autres points de vigilance : les matériaux contenant de l'amiante, les anciennes installations électriques et les équipements présentant des anomalies.
Pierre Picorit le rappelle dans l'émission : « Ne vous focalisez pas que sur l'énergie. Regardez l'amiante, regardez l'électricité, regardez le plomb. »
Une maison peut afficher une bonne étiquette énergétique tout en nécessitant des travaux importants pour assurer la sécurité de ses occupants.
En cas de vente, les diagnostics obligatoires dépendent notamment de l'âge du bâtiment, de ses installations et de sa localisation. Le diagnostic termites, par exemple, s'impose dans les zones définies par arrêté préfectoral.
Quant au risque de mérule, il doit être examiné avec attention, notamment dans les territoires concernés par des arrêtés préfectoraux.
Avant de chercher à gagner une lettre au DPE, il faut s'assurer que sa maison ne présente pas de problèmes plus urgents.
Avant de rénover en Bretagne, cinq questions essentielles
Qu'il s'agisse d'une longère près de Pontivy, d'une maison en pierre dans le Finistère ou d'un pavillon en Ille-et-Vilaine, cinq questions méritent d'être posées avant de signer un devis :
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D'où viennent réellement les principales déperditions de chaleur de ma maison ?
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Mes murs, ma toiture et ma ventilation sont-ils en bon état ?
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Quels travaux peuvent améliorer concrètement mon DPE ?
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Mon nouveau système de chauffage sera-t-il adapté au logement après rénovation ?
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Existe-t-il des risques liés à l'humidité, aux matériaux anciens ou aux installations techniques ?
Ces questions permettent de replacer la performance énergétique dans une réflexion plus globale.
Car une maison confortable, saine et économe ne se résume pas à une lettre sur un diagnostic.
En Bretagne, où le patrimoine bâti est aussi varié que les conditions climatiques d'un territoire à l'autre, chaque projet mérite une réponse adaptée.
La meilleure rénovation n'est pas nécessairement celle qui coûte le plus cher. C'est celle qui répond aux véritables besoins de la maison.
DPE et rénovation en Bretagne : les réponses aux questions fréquentes
Peut-on améliorer le DPE d'une maison en pierre en Bretagne ?
Oui. Les maisons en pierre peuvent bénéficier de travaux d'isolation et d'amélioration énergétique. Les techniques employées doivent toutefois être adaptées aux caractéristiques des murs anciens et à leur comportement face à l'humidité. Une étude préalable est vivement recommandée.
Quels travaux permettent de gagner une lettre au DPE ?
Le gain dépend de l'état initial du logement. L'isolation de la toiture ou des murs, l'amélioration du chauffage et certains travaux sur les équipements peuvent avoir un effet significatif. Une simulation énergétique permet d'évaluer les résultats possibles.
Une pompe à chaleur est-elle adaptée au climat breton ?
Oui, une pompe à chaleur correctement choisie et dimensionnée peut fonctionner efficacement sous le climat breton. Sa pertinence dépend toutefois du logement, de son isolation, de son installation de chauffage et des conditions d'implantation.
L'humidité d'une maison ancienne peut-elle compliquer sa rénovation ?
Oui. Avant d'isoler, il est important d'identifier d'éventuelles infiltrations, remontées d'humidité ou problèmes de condensation. Une isolation inadaptée peut perturber le fonctionnement des murs anciens et provoquer des désordres.
Mon DPE peut-il s'améliorer en 2027 sans travaux ?
Oui, dans certains cas. La baisse du coefficient de conversion de l'électricité au 1er janvier 2027 peut améliorer l'étiquette énergétique de logements utilisant cette énergie. Le changement de classement ne garantit toutefois aucune diminution de leur consommation réelle.
Tout sur l'Habitat : comprendre sa maison avant de la rénover
Changer ses fenêtres, installer une pompe à chaleur, isoler ses murs ou refaire son chauffage : quels travaux valent réellement l'investissement ?
Dans cet épisode de Tout sur l'Habitat, Fabrice reçoit Emmanuel Chauvin, diagnostiqueur immobilier chez ATLAN’DIAG, avec Pierre Picorit notre Co animateur de MURTERISO, spécialiste et référent habitat de l'émission.
Ensemble, ils expliquent comment fonctionne le DPE, pourquoi certains travaux n'améliorent pas automatiquement le classement énergétique et comment éviter les erreurs avant d'engager une rénovation.
Retrouvez Tout sur l'Habitat le samedi à 11h sur RMN La Bretagne en Musique, en podcast et en vidéo sur YouTube, ainsi que sur toutsurlhabitat.fr.
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