Grande distribution : le Sénat dénonce des méthodes de « pression » contre les fournisseurs

Un rapport accablant sur les pratiques des géants de la distribution

Promotions et courses en supermarché
Promotions et courses en supermarché

Menaces de déréférencement, commandes stoppées brutalement, coûts cachés imposés aux industriels… Un rapport sénatorial publié ce jeudi dresse un constat très sévère des relations entre la grande distribution et ses fournisseurs. Après six mois d’enquête, les sénateurs dénoncent des « pratiques prédatrices » menées par certaines grandes enseignes dans un contexte de guerre des prix toujours plus agressive.

« Acceptez nos prix ou vos produits disparaissent »

Selon les conclusions de la commission d’enquête, plusieurs industriels ont décrit un véritable climat de peur lors des négociations commerciales annuelles. Certains ont même demandé à être auditionnés à huis clos, craignant des représailles économiques.

Les témoignages évoquent des méthodes jugées brutales : baisse immédiate des commandes, menaces de déréférencement ou arrêt total des achats lorsqu’un fournisseur refuse les conditions imposées par les distributeurs.

D’après le rapport, ces diminutions soudaines de commandes peuvent représenter jusqu’à 60 % des ventes d’un fournisseur auprès d’une enseigne, avec parfois des millions d’euros de pertes, notamment pour des produits périssables.

Les lois Egalim jugées largement contournées

Les sénateurs pointent également le non-respect des lois Egalim, censées protéger les revenus des agriculteurs. Selon eux, plusieurs groupes utilisent leurs centrales d’achat européennes pour contourner la législation française.

La rapporteure écologiste Antoinette Guhl affirme que certaines centrales d’achat reconnaissent ouvertement appliquer les règles européennes plutôt que françaises pour les produits vendus en France. Un fonctionnement que la commission juge problématique et contraire à l’esprit des lois adoptées ces dernières années.

Des « services » facturés à prix d’or

Autre pratique dénoncée : la vente de prestations imposées aux industriels. Certains fournisseurs seraient contraints de payer des services considérés comme inutiles pour conserver leur place en rayon.

Le rapport cite notamment des rendez-vous entre dirigeants facturés plusieurs centaines de milliers d’euros. Pour les sénateurs, il s’agit d’un « abus de pouvoir » déguisé en prestation commerciale.

Les consommateurs ne voient pas la différence

Malgré ces pressions exercées sur les fournisseurs, le Sénat souligne que les consommateurs ne profitent pas réellement de cette guerre des prix. Depuis 2021, les prix en rayon augmentent plus vite que les tarifs négociés avec les industriels.

Aujourd’hui, sur 100 euros dépensés en alimentation, plus de 40 euros reviennent à la grande distribution contre seulement 8 euros aux agriculteurs, selon les chiffres avancés dans le rapport.

Le Sénat réclame plus de transparence

Face à ces constats, les sénateurs proposent plusieurs mesures : renforcer les contrôles, rendre publiques les évolutions de prix entre fournisseurs et consommateurs, mais aussi instaurer un affichage obligatoire des marges sur certains produits alimentaires, notamment les fruits et légumes.

Publié : 8h26 par Gwen BROT

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