Golfe de Gascogne : en 2026, la mer se ferme, l’angoisse monte dans les ports bretons et ligériens

Troisième hiver de fermeture dans le golfe de Gascogne : du 22 janvier au 20 février 2026, des centaines de bateaux resteront encore à quai pour protéger les dauphins.

Port de Lorient
Port de Lorient

En Bretagne et en Pays de la Loire, de Lorient à La Turballe, les marins encaissent un nouveau mois sans merlus, soles ou sardines. Entre aides d’État, doutes sur l’avenir et sentiment d’être montrés du doigt, l’inquiétude gagne les quais.

Une fermeture programmée jusqu’en 2026

Décidée par le Conseil d’État après la saisine d’associations écologistes, la fermeture du golfe de Gascogne s’applique chaque hiver depuis 2024, pour les bateaux de plus de 8 mètres utilisant des engins jugés à risque pour les dauphins (fileyeurs, certains chaluts, senneurs). Elle est programmée du 22 janvier au 20 février… jusqu’en 2026 inclus.

L’objectif affiché est clair : ramener la mortalité des petits cétacés sous un seuil compatible avec le maintien des populations, alors que les échouages hivernaux ont explosé ces dernières années. Les données de l’observatoire Pelagis montrent qu’en 2025, la fermeture a permis de réduire d’environ 60 % les captures accidentelles, ce qui conforte les autorités dans le choix de reconduire le dispositif. 

Lorient, Audierne : un mois à quai qui pèse sur les familles

Sur la façade bretonne, des ports comme Lorient ou Audierne vivent directement au rythme de cette coupure hivernale. À Audierne (Finistère), 16 bateaux sur 45 ont déjà été contraints de s’arrêter un mois entier en 2025 ; en 2026, la même flotte se prépare à refaire ses comptes, un œil sur les aides, l’autre sur les traites des bateaux.

Pour ces ports de pêche, la fermeture signifie moins de ventes en criée, moins de travail pour les mareyeurs, les ateliers de réparation, le transport. En 2024, la baisse de débarquements s’était chiffrée entre 600 et 1 000 tonnes de poissons en février dans certaines criées de la façade Atlantique, et les sénateurs ont pointé des conséquences lourdes pour l’économie locale, malgré les indemnisations.

La Turballe, Les Sables : « fatigués d’être montrés du doigt »

En Loire-Atlantique et en Vendée, les mêmes inquiétudes remontent du quai. À La Turballe, les marins disent « avoir l’impression d’être diabolisés depuis des années », pris en étau entre le prix du gasoil, les quotas, les clôtures de zones et maintenant un mois de fermeture obligatoire. Beaucoup dénoncent une image de « destructeurs » de l’océan, alors qu’ils se voient comme les premiers concernés par la préservation de la ressource.

Aux Sables-d’Olonne, la décision du Conseil d’État est comprise sur le principe, mais elle nourrit une grande incertitude : qui voudra encore investir dans un navire ou reprendre une affaire quand un mois de travail disparaît chaque année, sans garantie que cela s’arrêtera après 2026 ? Les organisations professionnelles réclament la pérennisation des indemnisations au moins jusqu’à cette date, et un soutien clair à la filière aval.

Entre dauphins protégés et ports fragilisés, la recherche de sorties de crise

Le gouvernement met en avant les dispositifs en test : répulsifs acoustiques sur les fileyeurs, caméras embarquées pour mieux documenter les captures, afin d’adapter les règles après 2026 et, espèrent les marins, sortir du « tout fermeture ». Mais ces caméras sont parfois perçues comme des outils de contrôle supplémentaires plus que comme une solution partagée.

Publié : 27 novembre 2025 à 12h53 par Gwen BROT

Titres diffusés

Voir plus

Contactez la rédaction