Algues vertes en Bretagne : l’État et la Région tancés par la Cour des comptes et la justice

Cinq ans après un premier avertissement, les magistrats financiers haussent le ton face à la prolifération des algues vertes. Selon un rapport de la Cour des comptes à paraître début juillet 2026, la lutte contre ces marées toxiques stagne en raison de l'inaction des pouvoirs publics. Une sévérité rejointe par la justice administrative, qui a condamné à nouveau l’État ce mardi 16 juin.

algues vertes
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Les moyens budgétaires n'ont pourtant cessé de grimper, l’enveloppe globale du plan algues vertes étant passée à 128,6 millions d’euros pour la période 2022-2027. Malgré cela, le constat des magistrats est sans appel : seulement un tiers des recommandations de 2021 ont été pleinement appliquées. La moyenne de nitrates dans les zones critiques s’élève encore à 33 mg/l, loin des 25 mg/l nécessaires pour stopper le phénomène. Résultat, la Bretagne concentre toujours 93 % des surfaces nationales d'échouage.

Le rapport met en lumière une faille majeure : les vasières. Si la baisse des nitrates porte ses fruits sur les plages de sable de trois baies, la situation s'aggrave dans les zones de vases. Le Morbihan concentre à lui seul 58 % des échouages bretons. Dans ces secteurs complexes à nettoyer, le fléau a progressé de 17 % en quinze ans. Pourtant, ces espaces restent totalement oubliés par les plans d’action de l'État.

L'agroalimentaire épargné et des contrôles bloqués

La Cour pointe du doigt le manque de courage politique face aux acteurs clés de la pollution. Elle réclame que les aides publiques versées aux coopératives soient conditionnées à des objectifs de réduction de l'azote, ce que la Région et l’Agence de l’eau refusent d'appliquer.

De plus, les services de contrôle environnemental n'ont toujours pas accès aux fichiers d'identification du bétail pour cibler les exploitations les plus polluantes, le ministère de l'Agriculture repoussant cet accès à 2027 ou 2028. Les magistrats rappellent qu'il est illusoire d'espérer des résultats sans une évolution profonde du modèle d'élevage intensif breton.

Cette inertie se heurte désormais à la fermeté des tribunaux. Ce mardi 16 juin 2026, la cour d'appel administrative de Nantes a confirmé la condamnation de l’État pour préjudice écologique dans la baie de Saint-Brieuc. L'arrêt donne six mois au préfet pour prendre des mesures d'urgence afin de réduire les déversements d’azote. Sous la pression judiciaire, l'exécutif a annoncé de futures sanctions financières d'ici la fin de l'année contre les agriculteurs ne respectant pas les chartes de lutte.

Publié : 19h21 par Dimitri COUTAND

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